Directeur sportif du VAFC depuis avril dernier, Jean-Christophe Cesto a réalisé cet été son premier mercato. Le dirigeant a accepté dans cette interview d’en tirer le bilan mais aussi de revenir sur son parcours, sur sa façon de travailler et sur les ambitions du club pour cette saison.
Avant de tirer le bilan du mercato, pouvez-vous nous raconter un peu votre parcours avant d’arriver au VAFC ?
Quand j’étais jeune, j’ai fait toute ma formation au FC Nantes en tant que footballeur. Arrivé aux portes de l’équipe réserve, j’ai eu un problème de cœur, juste après avoir été champion d’Europe U17 en 2004 avec l’Équipe de France de la fameuse génération 87 (Benzema, Ben Arfa, Nasri…). Malheureusement, mon problème de cœur m’a fait arrêter le football pendant trois ans. Suite à ça, j’ai quand même repris, mais plutôt dans le circuit amateur malgré une année pro avec le SC Bastia.
Comme j’ai toujours été attiré par la vidéo, j’ai monté une société spécialisée qui m’a amené à devenir analyste vidéo pour le FC Nantes où je suis resté pendant trois ans. Après une pause, j’ai voulu revenir dans un autre rôle. Le recrutement m’avait toujours intéressé et j’ai eu une première expérience au Genoa où j’étais responsable du recrutement pour la France. Après deux saisons, le club de Lorient m’a proposé d’intégré la cellule de recrutement de son académie ou j’ai terminé responsable du recrutement de la post formation.
En juin 2025, j’ai décidé de quitter le FC Lorient lorsque Sport Republic m’a proposé le poste de responsable du recrutement du département français pour le groupe. J’avais au départ un rôle d’appui pour la cellule de recrutement de Valenciennes existante et la responsabilité du marché français pour les clubs de Southampton et Goztepe, A partir de septembre 2025, Sport Republic a souhaité que je me focalise plus particulièrement sur le recrutement au sein du VAFC et le développement du marché africain au sein du groupe et désormais en tant que directeur sportif du club.
À titre personnel, quel est le bilan que vous faites de ce premier mercato ?
C’était compliqué car quand on passe de recruteur à directeur sportif, on n’est plus dans le simple constat d’un joueur. On regarde tous les paramètres qui existent autour de la signature d’un joueur : l’aspect financier, la volonté du coach, l’académie… Il faut apprendre à gérer tous ces aspects.
Mais il y avait une ligne directrice claire : essayer de construire un groupe assez rapidement. C’est pour ça qu’on a signé pas mal de joueurs assez tôt pour mettre en place une ossature solide. Parce que je crois plutôt à la connexion qui va exister entre les joueurs qu’à l’ajout d’une somme d’individus qui ne vont pas réussir à s’associer les uns avec les autres
Quelle était la priorité du recrutement ?
Quand je suis arrivé à ce poste en avril, j’avais la profonde conviction qu’il fallait qu’on soit bien plus efficaces dans les deux surfaces. On était une bonne équipe dans le coeur du jeu, mais on manquait d’impact dans les zones décisives.
On a d’abord avancé sur des défenseurs centraux, où il y a eu beaucoup de changements rapidement. Au niveau offensif, on avait des cibles sur lesquelles on n’a pas pu avancer parce qu’elles ont finalement signé à des niveaux supérieurs. Du coup, on a décidé de ne pas faire des joueurs juste pour les faire. C’est pour ça qu’on a décidé de prendre le temps nécessaire pour ne pas se tromper.
Cette année, il y a aussi des profils qui viennent soit de Ligue 3, soit de divisions inférieures. C’était une volonté de votre part ?
Oui. L’idée était de se dire qu’on voulait plutôt avoir des garçons qui avaient besoin de faire plutôt que des joueurs qui avaient déjà fait. Parce qu’on voulait absolument qu’ils aient cette volonté d’avancer avec le club, qu’on ait cette volonté commune. Donc on voulait soit des jeunes joueurs avec des potentiels importants, soit des joueurs qui, pour des raisons X ou Y, n’étaient pas à leur place, mais avaient montré des qualités vraiment intéressantes, ou alors des joueurs revanchards.
Comment travaillez-vous concrètement pour repérer des profils ?
Je travaille avec une équipe de trois scouts de Sport Republic pour l’identification et l’observation des joueurs et on fonctionne de façon étroite avec Johannes Spors, directeur de football au sein du groupe pour la prise de décision. Malgré cette consultation, Il nous donne beaucoup de liberté. On discute beaucoup, on échange, c’est un vrai travail collégial.
Pour repérer un joueur, on fait d’abord du travail vidéo. Puis, une fois qu’on est convaincu, il faut absolument aller vérifier sur place des attitudes, une énergie, une force, une manière de se comporter, quelque chose qui n’est pas forcément perceptible à travers la vidéo.
Si on est convaincus, on rencontre les joueurs pour savoir ce qui les anime, où ils en sont dans leur carrière, leurs ambitions, leur caractère. On essaye de connaître l’humain derrière le joueur, parce que c’est quelque chose qui est très important pour moi.
Enfin, Pierre (Blois) les observe à travers l’outil vidéo pour voir s’ils correspondent à ce qu’il recherche et pour terminer on organise une rencontre, en visio pour leur expliquer le projet du club, le projet de jeu, la méthodologie d’entrainement et s’assurer qu’ils vont rentrer dans le cadre qu’on a fixé. On a cette manière de fonctionner depuis ma prise de poste en avril afin d’avoir une prise de décision commune
On entend beaucoup dire que Valenciennes dispose de moyens très importants pour la Ligue 3. Est-ce que cette perception correspond réellement à la situation du club ?
Non, ça ne correspond plus à la réalité du club. Et cette réputation n’existe pas seulement vis-à-vis des supporters, elle existe auprès du monde du football. Par exemple, on a eu des agents cet été qui demandaient 3 à 4 000 euros de salaire en plus quand Valenciennes se renseignait sur un de leurs joueurs. Je n’ai surtout pas envie que des joueurs viennent parce que Valenciennes paye bien. Il faut que les gens viennent parce qu’ils sont convaincus du projet du VAFC.
Il faut pas non plus oublier le contexte qu’il y a eu la saison dernière à Valenciennes avec un plan social. Il n’y aurait pas de cohérence si derrière ce plan social, on était en capacité de surpayer des joueurs. Il y a du respect à avoir vis-à-vis de toutes ces personnes qui ont perdu des emplois.
Aujourd’hui, on a des salaires qui sont inférieurs à certains clubs qui ont pourtant des budgets nettement inférieurs à nous. La masse salariale a été très largement réduite cet été. C’était un souhait et une volonté de la direction et des actionnaires.
Au-delà du mercato, comment définiriez-vous votre travail au quotidien ?
Mon rôle au quotidien est de faire le lien entre la direction, le staff et le quotidien des joueurs. Je m’occupe de toute la relation avec les agents, avec les joueurs. Je discute aussi beaucoup avec le staff pour avoir leur ressenti, pour débriefer. Je suis présent sur les séances d’entraînement parce que j’aime bien aussi sentir dans quel état d’esprit se trouve l’équipe.
Mais je ne veux pas être non plus omniprésent parce que je pars du principe que chacun doit rester à sa place. C’est très important. Et puis, je suis aussi très tourné vers l’académie parce que je suis issu d’une académie assez forte, le FC Nantes, et j’ai travaillé aussi à l’académie du FC Lorient. Je sais à quel point c’est important.
Vous parlez de l’académie. Quel regard portez-vous sur le centre de formation du VAFC ?
Je trouve que c’est une académie qui fonctionne bien, qui a des bons joueurs. Je pense qu’il y a de quoi assurer la relève et continuer à faire perdurer l’histoire de Valenciennes qui a souvent été de sortir des joueurs.
Après, même si on est tourné vers l’Académie, être dans l’équipe première de Valenciennes, ce n’est pas un cadeau. Ce n’est pas parce qu’on vient du centre de formation qu’on a forcément une place privilégiée. Nos joueurs de l’Académie sont dans un processus de recrutement continu.
Ils ne sont pas seulement en concurrence avec leurs copains, ils sont en concurrence avec tout ce qui se fait derrière. On a envie de leur donner de la place, mais une fois qu’ils sont à l’entraînement, il faut qu’ils la prennent. Ça ne peut pas leur être garanti.
Les jeunes joueurs doivent faire attention à tout, à commencer par les réseaux sociaux. Comment gérez-vous ça avec eux ?
On est dans une génération qui est vraiment tournée vers les réseaux sociaux et qui parfois ne se rend pas compte des répercussions que ça peut avoir sur l’image d’un club. Dernièrement, on a eu une petite histoire avec des jeunes joueurs du groupe pro qui avaient liké une publication qui allait à l’encontre du VAFC.
On leur a donc fait comprendre que ce n’était pas possible de ne pas respecter le club et on les a sanctionnés. Ils ont passé une semaine avec l’équipe réserve et n’étaient pas sélectionnables pour le match du week-end suivant en Ligue 3. Ça leur a permis de réfléchir. Il y a eu une prise de conscience. Ils sont venus nous voir pour s’excuser et tout a été réglé. Ça a duré une semaine, mais ça aurait pu durer beaucoup plus. On avait besoin qu’ils prennent conscience et que ça vienne d’eux-mêmes. Donc voilà, ça s’est réglé rapidement parce qu’on a des garçons intelligents.
C’est important de respecter le cadre et l’institution VAFC ?
C’est essentiel. Il faut que les joueurs se rendent compte à quel point ce club est en attente. Il faut se rendre compte à quel point on a une certaine responsabilité vis-à-vis de milliers de personnes qui aiment le VAFC. Il faut se battre pour ce club et il faut le respecter avant tout. C’est non négociable.
Comprenez-vous l’impatience des supporters, qui ont un sentiment de frustration par rapport aux dernières saisons ?
Oui, je la comprends. Parce que nous, si on arrive avec une énergie nouvelle et avec beaucoup de volonté de bien faire, je peux concevoir que les gens gardent en mémoire tout ce qui n’a pas été. Quand on accumule de la déception, je peux comprendre qu’on a moins de patience.
Aujourd’hui on repart sur quelque chose de nouveau, avec des énergies positives. Et on a besoin du soutien, on a besoin que les gens soient derrière nous, parce qu’avec l’énergie qu’il y a derrière ce club, on sait que ça peut reprendre à tout moment. On a envie d’aller attraper cette énergie qui vient de l’extérieur, parce que ça va nous aider de l’intérieur.
L’une de mes ambitions est de réussir à créer cet environnement propice à l’expression des qualités des joueurs. Pour qu’un joueur puisse performer, il faut qu’il sente le soutien et le contexte adéquats pour évoluer et donner le meilleur de lui-même. Parfois il ne s’agit pas seulement de qualités intrinsèques, c’est aussi tout ce qu’il va y avoir au quotidien pour que le joueur puisse s’exprimer. Et ça c’est une ambition forte, réussir à ce que Valenciennes soit un endroit où les joueurs performent et expriment leurs qualités.
Après cinq journées de Ligue 3, le VAFC est 15e avec 5 points. Comment analysez-vous ce début de saison ?
Je l’analyse avec du recul en me disant que le championnat est encore long. Maintenant, est-ce qu’on est là où on voulait être ? Non, ça c’est certain.
Mais je reste calme parce que j’ai confiance dans le staff, j’ai confiance dans le groupe. Je sais que ce sont des garçons qui ne trichent pas. Il ne faut pas oublier qu’avant le début de saison, on a perdu sur blessure des joueurs assez importants. Quand on aura récupéré tout le monde, je pense qu’on pourra vraiment être jugés et voir si on est dans la bonne direction ou pas.
Quelle est l’ambition du club cette saison ?
L’ambition, elle est simple : j’ai envie qu’on soit vivants jusqu’au bout. C’est-à-dire que je refuse de vivre une fin de saison comme la saison passée, où à partir du mois de mars, on sait déjà qu’on ne joue plus rien.
Vraiment, j’insiste sur le fait qu’on ait quelque chose à jouer jusqu’au bout. J’ai envie que l’on vive une saison excitante avec des objectifs à aller chercher jusqu’au bout de ce championnat.
Et puis, j’ai envie qu’on ressente de l’intérieur et de l’extérieur qu’il y a quelque chose qui se crée à Valenciennes. J’ai envie qu’on avance, qu’on progresse en tant qu’équipe, qu’on progresse en tant que club. J’ai vraiment envie qu’on entame une marche en avant, qui nous emmènera le plus haut possible. J’ai envie qu’on soit une meilleure version de nous-mêmes une semaine après l’autre.